Vernon Subutex, de Virginie Despentes


Un roman qui lasse malgré le ton trash de Despentes

Vernon Subutex est un parisien d’une cinquantaine d’années à la ramasse, ancien disquaire qui se fait expulser de son appartement dont il ne paye plus le loyer depuis plusieurs années.  C’est Alex Bleach, son ancien pote devenu star de la chanson,  qui payait pour lui. Seulement voilà, Bleach meurt et Subutex se retrouve à la rue. Il va alors faire le tour de ses vieilles connaissances pour trouver de quoi squatter jusqu’à perdre pied.

On retrouve les thèmes de prédilection de Virginie Despentes : la musique underground, le sexe, le porno, la drogue… Le ton est là, celui qui m’avait plu dans King Kong théorie, mais l’intrigue ne suit pas et c’est bien dommage.

L’auteure nous offre une galerie de portraits. Chaque personnage est brut, sans fioriture. Ses travers sont mis en contraste avec ses apparences. Les discours intérieurs masquent des vérités qui dérangent et personne n’est beau, noble, bon. Tout le monde est pourri au fond. On s’arrange avec la vie pour tenter d’assouvir au maximum ses pulsions. Je crois que cette succession de portraits sordides a fini par me fatiguer et j’ai failli ne pas aller au bout du bouquin.

Je suis restée accrochée parce que je pensais que l’intrigue décollerait à un moment. À tort. Subutex ne fait qu’errer d’un squat à un autre et la mort d’Alex Bleach n’est qu’un prétexte pour mettre en branle son périple. Certaines personnes tentent de retrouver Subutex qui détiendrait des enregistrements de la star, mais ce qui pourrait ressembler à un semblant d’intrigue ne mène finalement nulle part. Quelle déception !

Il y a malgré tout des moments de grâce dans ces descriptions de personnages avec le style unique de l’auteure.

On parle de Patrice. Il vient d’assister à l’accouchement de sa femme Cécile qui a mis au monde un petit Tonio.

Cécile s’était endormie, sa main dans la sienne. Comme il l’aimait. Il ne peut pas y repenser. Comme il a aimé cette femme. La sienne. Ses yeux. Quelque chose dans son visage le faisait abdiquer, il rendait l’âme et une sensation d’extase l’irradiait des talons à la pointe des cheveux. Elle s’était endormie et il avait regardé Tonio. Il avait eu quelques secondes d’incrédulité, et puis sa vie avait changé, pour toujours. La peur. Il ne la connaissait pas encore. Elle venait de s’accrocher aux viscères et ne bougerait plus. La peur qu’il arrive quelque chose à cette petite créature. Et il avait suffi d’une seconde à ce « quelque chose » pour se déployer entièrement : maladie, blessure, agression, accident, contagion, violence, torture, faim, abus, attouchements, pénétration, kidnapping, enfermement, incendie, attentat, obus, guerre, épidémie, tsunami, typhon, étouffement… « La prunelle de mes yeux ». L’expression peine à rendre ce qui lie le parent à son nouveau-né. La prunelle de ses yeux, on pouvait la lui arracher sans qu’il tombe – la moelle de mes os s’approcherait davantage, pour dire que ça parcourt tout ce qu’on est, et qu’il s’agit du lien qui s’établit, avant même qu’on soit capable de reconnaître son enfant parmi les autres. Il était à peine arrivé, et déjà la terreur avait rempli Patrice.

Ce passage fait de Patrice un être sensible ayant peur pour son fils venant de naître, aimant très fort sa femme… qu’il bat chaque fois qu’il se met en rogne. Virginie Despentes dépeint très bien les ambivalences en chacun de ses personnages. Mais cela ne suffit malheureusement pas à me donner envie de lire la suite des déambulations de Subutex.

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